Comment se défaire d'un pervers narcissique



CONSEILS - Se séparer d'une personne perverse narcissique demande de s'armer de patience, mais aussi et surtout de suivre certaines étapes, détaillées par la psychothérapeute Anne Clotilde Ziégler.

«Quitte-le, va-t’en, sauve-toi». Quand on cherche à rompre avec un partenaire pervers narcissique, on s'entend souvent conseiller ces courtes phrases, comme si la solution résidait dans une simple action : partir. Mais si avec chaque rupture vient son lot de tourments, quand la perversion s'est installée dans le lit conjugal, quitter l'autre n'est ni rapide, ni facile. Tout simplement parce que la personne en face de soi fait preuve «d'un narcissisme grandiose, de machiavélisme, de sadisme et qu'elle agit impulsivement», rappelle la psychothérapeute Anne Clotilde Ziégler, auteure d'ouvrages (1) sur le sujet. Inspirations healthyNewsletter Tous les samedis Chaque samedi, recevez les conseils bien-être et les astuces nutrition de la rédaction pour adopter une vie plus saine.

Le mécanisme du pervers est puissant. «S'il faut fuir le plus vite possible, on le fait surtout quand on le peut, insiste la professionnelle. Cela ne fonctionne d'ailleurs pas toujours du premier coup». Comment se défaire de l'emprise et vers qui se tourner ? La thérapeute détaille chaque étape.


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Je prends conscience que le problème vient de lui

La première étape pour se défaire d'un pervers narcissique, est d'ouvrir les yeux sur le problème : «il est essentiel de pointer le dysfonctionnement et d'être en mesure de voir que c'est la personne en face qui ne se comporte pas normalement», explique Anne Clotilde Ziégler. La psychothérapeute remarque que lorsque ces victimes arrivent dans son cabinet, elles sont «gaslightées». «Le gaslighting résume les efforts de l'un pour rendre l'autre fou», illustre-t-elle. Autrement dit, les patients arrivent avec l'impression d'avoir perdu la raison, et le travail du psy est alors de leur faire comprendre que non, et que cette impression découle de la manipulation de l'autre.

L'autre partie du travail consistera à comprendre «par quel bout la victime a pu être attrapée. On cherche à mettre le doigt sur sa propre vulnérabilité», souligne la psychothérapeute. Cela peut se faire via une thérapie, mais aussi grâce à des discussions avec l'entourage, ou en se rapprochant d'associations spécialisées.


Je me défais de l'influence, je m'informe

La deuxième étape est de «récupérer sa pensée», de sortir de l'influence. C'est ce qui permet de voir clair dans le jeu de l'autre, d'être capable d'anticiper son prochain «coup». «À partir de là, on voit l'autre agir en temps réel, on détecte la part de machiavélisme et de sadisme dans ses actions», analyse la psychothérapeute.

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La spécialiste conseille de lire, de regarder des vidéos et des films sur les pervers narcissiques, pour être en mesure de reconnaître les traits de la personne en face de soi et d'avoir des clefs pour récupérer un regard critique sur la situation. «En général, à ce moment-là, on ne se dit plus “Génial, on part à la mer ce week-end !” mais "Il va me pourrir la vie au bout de 5 minutes, c'est sur”. Et la plupart du temps, ça ne loupe pas», observe-t-elle. Ce travail d'information permet de détecter le mécanisme malsain avant qu'il ne nous prenne dans son engrenage.

J'accepte que je ne le guérirai pas

Pour être en mesure de quitter un pervers narcissique, il est primordial d'accepter qu'on ne le guérira pas et ainsi de rompre avec le syndrome de l'infirmière qui est l'un des ciments de l'emprise. «Même avec tout notre amour, on ne le changera pas. Le mythe de la belle et la bête ne marche pas dans la réalité, l'amour ne soigne pas les gens», tranche Anne Clotilde Ziegler. Cette dernière souligne d'ailleurs que cet espoir de sauvetage motive souvent les victimes de pervers narcissiques à rester dans la relation.

J'accepte d'y laisser des plumes

L'autre frein à la rupture est souvent matériel. On a peur de perdre son appartement, un cercle amical parfois, un statut social… tout ce qu'on a acquis pendant la relation. «Il faut se dire qu'on n'en sortira pas de façon juste, et que plus on accepte de lâcher, plus vite on sera libéré. Mieux vaut y laisser quelques plumes qu'y laisser sa peau», commente la psychothérapeute.

Elle illustre sa pensée : «Imaginons que j'ai un manteau que j'aime beaucoup, et que la personne perverse me retient par le col de ce manteau. La manière la plus facile de me dégager n'est-elle pas de le retirer et de le lui laisser ?». Évidemment, la tâche est plus rude quand le couple a des enfants. La spécialiste insiste d'ailleurs ici sur l'importance d'être accompagné pour s'en sortir.

Je sors de l'isolement

L'un des traits qui revient systématiquement dans l'emprise du pervers narcissique est l'isolement. La raison est simple : le partenaire divise pour mieux régner, au point que les victimes deviennent dépendantes de sa présence. Alors, avant de prendre l'initiative de s'en aller, «on essaye de reprendre contact avec soi, de se souvenir de ce qu'on aime, de renouer des relations avec des gens, parce qu'on est plus fort en groupe que seul», précise la psychothérapeute.

La professionnelle conseille aussi de se rapprocher de gens avec qui l'on parle de tout autre chose, mais aussi d'amis qui connaissent la situation et nous accompagnent ; si toutefois on en a. Recréer une vie en dehors du couple, sortir, voire même «aller promener son cœur ailleurs, et utiliser la rencontre amoureuse comme porte de sortie», sont des options efficaces pour s'aider dans le processus de rupture.

J'annonce mon départ le plus tard possible

Une fois que toutes ces conditions sont réunies et que l'idée de partir se concrétise, on peut mettre en place le départ. «Attention à l'annoncer le plus tard possible, pour ne pas laisser à l'autre l'opportunité d'organiser de quoi nous bloquer», insiste-t-elle. Dans le cas où le couple vit ensemble, mieux vaut préparer ses affaires en l'absence du partenaire, et prévoir de partir en étant accompagné d'une tierce personne, qui pourrait s'interposer s'il tentait d'intervenir. Anne Clotilde Ziégler avertit : «la violence physique est fréquente à ce moment-là, et elle reste possible jusqu'au dernier instant».

(1) Anne Clotilde Ziégler est auteure de Pervers narcissiques - 50 scènes du quotidien pas si anodines pour les démasquer et leur faire face, 19,50 euros et de Pervers narcissiques, Bas les masques !, 16,50 euros, tous deux publiés aux éditions Solar.



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